Heimway par le Duo Goethe In Gun – LBE15

Duo Goethe Livret 8 pages 3.indd

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Cet album est disponible en intégralité à la vente sur la Boutique. Nous proposons toutefois ici quelques extraits de cet album.

Robert Schumann (1810-1856-)
Dichterliebe, op. 48 (Heine)

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Clara Schumann (1819-1896)
Trois Romances, op. 11
17 I. Andante, en Mi bémol mineur

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Franz Schubert (1797-1828)
Gesänge des Harfners D.478 à D.480,

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Un livret avec illustration est fourni lors de l’achat du disque dans sa version physique et numérique (uniquement sur notre site) ; vous pouvez toutefois retrouver ici l’intégralité de la biographie des artistes et du texte de présentation :

Goethe In Gun:
Goethe In gun, c’est une rencontre impromptue, un mariage insolite de deux timbres.
Une amitié et une complicité musicale.

Deux musiciens de talent aux parcours riches.
L’exploration d’une multitude de couleurs et d’émotions à travers les possibilités de ces deux instruments, parfois dans des lieux inhabituels pour le concert classique.
Un passionnant travail de transcription pour la harpe.
La collaboration avec des artistes venus d’horizons différents.

Sydney Fierro | baryton

Né en 1986 à Lausanne (Suisse) dans une famille de musiciens, Sydney Fierro débute le chant à l’âge de neuf ans au sein des Petits Chanteurs à la Croix de Bois.
Il entre au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris à l’âge de dix-sept ans puis se perfectionne avec Margreet Honig à Amsterdam, et aujourd’hui avec Malcolm Walker à Paris.
C’est avec l’opéra baroque que Sydney fait ses débuts en 2003 sous la baguette de William Christie à l’Opéra Royal de Versailles, à l’Opéra de Bilbao et au Festival d’Aix-en-Provence.
Il a chanté sous la baguette d’Emmanuelle Haïm, Christophe Rousset, Marc Minkowski, Kurt Masur, John Nelson, Vincent Dumestre, Benjamin Alard, Hervé Niquet, Raphaël Pichon avec qui il a enregistré les Missas Brevis de Bach pour le label Alpha.
Sa voix et son tempérament l’amènent tout naturellement aux rôles mozartiens et on a pu l’entendre dans Figaro des Noces de Figaro de Mozart, Papageno de La Flûte Enchantée de Mozart ou encore Buff du Der Schauspieldirektor de Mozart, sous la baguette de Laurence Equilbey.
Sydney collabore régulièrement avec Maxime Pascal et Le Balcon dans un répertoire contemporain.
Passionné par la musique de chambre et le répertoire du lied, Sydney collabore avec les harpistes Clara Izambert et Chloé Ducray avec laquelle il fonde le duo Goethe In Gun.

Chloé Ducray | harpe

Née en décembre 1986, Chloé Ducray débute la harpe à 9 ans sur un coup de cœur, et suit l’enseignement éclairé de Béatrice Guillermin. Lauréate à l’âge de 16 ans de la bourse du Lyceum Club, elle entre, en 2007, au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris dans la classe d’Isabelle Moretti et Geneviève Letang.
Elle évolue, au gré des expériences, dans sa sphère musicale très personnelle, en cherchant à s’approcher au plus près d’une forme de sincérité. Chambriste passionnée, elle fonde, en 2008, l’ensemble Octalys, octuor à géométrie variable avec lequel elle gagne le second prix du Concours Européen de Musique de Chambre de la FNAPEC 2010 (bourse Selmer). Après l’obtention de son Master en juin 2012, elle diversifie son activité et se produit autant en tant soliste que dans des formations telles que le duo avec voix, le trio flûte alto et harpe, le quintette français et le septuor, où elle interprète un répertoire essentiellement pianistique qu’elle réinvente pour son instrument.
Passionnée aussi de musique contemporaine, elle créée en 2012 l’opéra/ballet « L’appel d’Ereshkigal » au Théâtre Claude Debussy de Maisons-Alfort (94), puis se perfectionne auprès de Frédérique Cambreling, harpiste solo de l’ensemble InterContemporain, notamment au sein de l’Académie du Festival de Lucerne, et se produit en soliste pour la clôture du festival ManiFeste de l’Ircam. La même année, elle créée Naoura, concerto pour harpe et électronique de Benjamin Attahir.
Invitée par les plus grands orchestres nationaux, et membre de nombreux ensembles indépendants (l’ensemble Du Bout des doigts, La symphonie de poche, Les frivolités parisiennes…) elle continue de s’enrichir au contact de ses pairs pour défendre des projets qui sortent des sentiers battus.

Entretien avec Anne le Bozec
Pianiste concertiste, chambriste, professeur d’accompagnement vocal au CNSMD de Paris.

Quel est ton ressenti par rapport aux Dichterliebe et aux Harfenspieler ?
Ce dont je peux parler, c’est de ce que j’ai traversé dans mon expérience, en les jouant, en les écoutant, et en les enseignant. Parler de quelque chose qui s’est rassemblé de la même manière à travers ces différents prismes.
Si je mets en regard le choix de Heine par Schumann et de Goethe par Schubert, ce n’est pas la même motivation. Goethe n’a jamais manifesté d’intérêt pour Schubert, qui lui a envoyé des Lieder mais qui n’a jamais eu de retour du grand homme. Cela ne veut pas dire que Schubert ait écrit sur des poèmes de Goethe dans l’idée de séduire le poète. La poésie et l’œuvre de Goethe étaient tellement prégnantes et signifiantes pour l’époque que les compositeurs se tournaient tout naturellement vers ses figures chantantes. Je dis « chantantes » car les personnages du harpiste et de Mignon s’expriment à un moment donné par le poème dans le Wilhelm Meister et donc par le chant, le « Lied ». En effet, l’origine du mot allemand « Lied » signifie « poème », il n’y a au départ pas de différence entre le chant et la déclamation. C’est l’univers romantique qui a fait du Lied cette forme voix et piano que l’on connait aujourd’hui, mais le Lied est au départ beaucoup plus instinctif.
C’est la façon dont l’aborde Schubert : il y a quelque chose de cathartique, de libérateur. Dans le Wilhelm Meister, le personnage du harpiste est muet la plupart du temps, puis tout à coup nous ouvre son cœur, sa psyché sur un drame que lui-même ne comprend plus. Le poème est une sorte de raccourci vers son âme, un miroir intérieur. Ces êtres frappés d’un lourd secret, de quelque chose qui les dépasse comme un fatum, une sensation de destinée, ont beaucoup inspiré les musiciens. Cette imagination dramaturgique s’avère très riche pour le compositeur. Dans le livre de Wilhelm Meister il est énormément question de théâtre puisqu’il s’agit d’une troupe ambulante, comme du théâtre dans le théâtre : il y a la place du rêve, une notion d’évasion. Wilhelm Meister est promu à une carrière assez sûre, mais qui ne correspond pas du tout à son caractère et à la manière dont il se voit en tant qu’artiste. Lui vient la possibilité de parcourir le pays, de faire des rencontres merveilleuses, lui donnant accès aux portes de l’imaginaire, ce que Goethe met admirablement en scène. Dans ce disque il s’agit de la mise en musique de ces poèmes par Schubert, mais les deux autres grandes figures de compositeurs très liées au texte, Schumann et Wolf, ont aussi écrit sur les personnages de Mignon et du harpiste. Ce n’est pas un hasard si Brahms n’a pas choisi ce type de textes chargé. Il s’agit peut-être d’un univers trop signifiant pour lui, dans sa dimension de fatalité presque surhumaine.
Les trois compositeurs ont décidé de composer sur la saga (les trois poèmes), mais avec des identifications très différentes. Celui qui s’identifie le plus à Mignon est Schumann, de par son don de seconde vue. Il y a une infinie tendresse pour Mignon dans ce qu’il propose, un déchirement, une composition très riche sur le plan de la forme et du rubato, et très variée entre les mélodies. Wolf va écrire quelque chose de beaucoup plus orchestral, presque wagnérien dans l’évocation de la déchéance des dieux. Schubert, le premier des trois à avoir composé ce cycle, y est incroyable de pudeur et de discernement, en voyant déjà après, dans une vision très prométhéenne comme dans Winterreise : le personnage se plaint mais n’est pas vissé ici, il voit au-delà.

Comment envisager les innombrables remaniements de Schubert sur les poèmes de Goethe ?
Schubert a beaucoup remanié ses Lieder quand il a été question que son œuvre soit éditée en forme d’opus, car il voulait lui-même contrôler la classification. C’était l’occasion de remettre ses écrits au clair, ce remaniement étant lié à une période de maturation. Schubert est doué pour la musique strophique mais il écrit également des formes très proches de celle de la ballade, et il a effectivement hésité très longtemps concernant ces poèmes du harpiste, entre la recherche d’une simplicité, la notion de quelqu’un s’accompagnant lui-même, et la ballade.
Il a écrit les Harfenspieler en septembre 1816, puis les a révisés et publiés dans un ordre différent en 1822 dans cette fameuse édition.
Schubert a beaucoup écrit sur des poèmes de Goethe entre septembre 1814 et février 1815. Il a ensuite alterné entre des types de langues différentes, variant également la profondeur des textes, mais Goethe reste assez omniprésent.
Comment vois-tu l’utilisation de la harpe dans ce répertoire emblématique d’une époque où le piano est en pleine expansion, et où la harpe à double mouvement est très peu à la mode ?
La musique des Harfenspieler s’adapte parfaitement à cette adaptation : Schubert et Schumann cherchent tous deux à évoquer la harpe, dans sa notion de mélange sonore. Ils ont prisé l’imaginaire, n’ayant pas eu envie d’aller vers cet instrument, aussi peut-être parce qu’ils ne le pratiquaient tout simplement pas : Schumann était pianiste, il a d’abord écrit pour le piano. Même les Dichterliebe sont d’abord écrits pour le piano avant d’être écrits pour le chant ! Cependant Schumann a parfois écrit dans ses Lieder « Wie ein Harfenton » (comme un son de harpe) et dans certaines partitions il est indiqué « pour piano ou harpe» (Requiem, Die Tochter Jephtas, An den Mond…).
Concernant les Dichterliebe, le pari est à priori plus osé, car Schumann pense au piano. C’était un personnage très mutique, il pouvait faire le silence autour de lui, le piano était son haut-parleur.
Si l’on se réfère au fait que le piano est son vecteur d’expression plus que de paroles, on peut s’emparer du matériau avec la même idée : il a quelque chose de pressant à dire, il faut être absolument au fait de ce que dit le texte, car le piano décrit les émotions de histoire individuelle créée de toutes pièces d’après le Buch der Lieder de Heine. C’est l’histoire d’un homme avec lui-même, qui aime une femme qui n’est jamais présente, il n’y a pas d’autre combat que celui qu’évoque la présence de cette femme quand elle endosse les malheurs du monde. C’est ici que la harpe offre une vision intéressante : les Dichterliebe ont été pensés pour une salle et un public mais dans un cadre néanmoins intimiste, proche de l’univers sonore de cet instrument.
Avant de parler de ce que la harpe offre de différent, j’aimerais m’arrêter sur ce qu’il est important d’avoir en commun : l’écoute du mot, la notion de cycle musical qui reprend le cycle de la vie, l’utilisation de l’instrument comme une voix, un haut-parleur expressif. Le piano chant pose un certain nombre de problèmes dont il est important de s’emparer en même temps que de s’emparer de cette littérature. Le mélange poésie et musique impose des notions de fusion sonore. Entre Schumann et Heine préexiste une très grande correspondance de sensibilités accrues de certaines couleurs, sensations, une fièvre, un jusqu’auboutisme dans les contrastes violents. Il est important de partager cette versatilité. C’est le travail que nous avons effectué ensemble : mettre en valeur ce que l’allemand peut avoir de spécifique, comment jouer avec cette langue, comment créer des phrases en symbiose.
Évoquons maintenant ce que la harpe peut proposer :
Le piano est issu du clavicorde, qui n’offre pas de possibilité de nuances, possibilité qui se développe avec le piano forte. Cet instrument fait un véritable crescrendo sur 3 siècles. Le piano actuel se trouve assez loin de celui de l’année 1840 chez les Schumann : on peut encore l’entendre aujourd’hui et avoir une idée de l’univers sonore que le compositeur avait sous les doigts, même si la mécanique a joué au fil des années.
Les indications de pédales de Schumann, assez sibyllines pour le piano actuel, ne sont pas dénuées de sens pour un instrument d’époque qui tient moins longtemps les sons.
L’utilisation de la harpe oblige l’oreille à créer des plans sonores, un parcours harmonique qui nous guide. Il est remarquable que l’instrument requière un certain type d’écoute, qui finalement est propre à un compositeur. Enfin, la notion de quelqu’un qui est avec lui même est peut-être plus immédiate qu’avec l’utilisation du piano qui est un protagoniste à part entière. La harpe est plus mêlée : culturellement, elle est associée à un instrument chambriste. Dans l’inconscient collectif, c’est l’instrument du chant courtois, du Minnelied : dans l’éducation d’un gentilhomme médiéval, il faut jouer de la harpe avec son cœur. L’amour que Heine met en scène via Schumann n’est pas très courtois, c’est alors que la harpe se « romantise » et devient le miroir d’une âme tourmentée.
Est-il vraiment question d’ « elle » dans les Dichterliebe ?
« Elle » est la pour parler de lui, pour exprimer son émotion. Il y a deux artistes très complexes à l’origine des Dichterliebe, dans leur rapport extrêmement changeant et imprévisible à la vie, leur manque de modération mais en même temps cette extraordinaire histoire d’amour de Robert avec Clara, ce qui n’est pas le cas pour Heine qui n’a pas cet emblème, cette espèce de foyer, qui vit l’exil et l’antisémitisme. Sa conscience dévastatrice ne le protège pas. Cela explique peut-être pourquoi la capacité de faire confiance est centrale dans cette œuvre : s’y développe constamment l’idée d’être trompé, dupé, même la notion du sacré recèle en elle-même la perte.
Savoir où se situe la femme là-dedans est une réflexion très actuelle. Freud a fait son œuvre entre temps, dans la formalisation du psychisme. On est aujourd’hui averti que la psyché peut dysfonctionner. C’est d’ailleurs toujours un centre d’intérêt que de savoir si le génie et le dysfonctionnement sont liés. Le génie de ces hommes a été de transformer leurs larmes en fleur. La place de la femme n’est pas la même à cette époque. Lorsque l’on songe à la carrière qu’elle a menée, on peut dire que Clara a été une femme émancipée, sa correspondance prouve qu’elle entretenait un véritable échange d’humain à humain avec Robert, sans aucune forme de soumission. Le compositeur qui a écrit ces Dichterliebe vivait une communauté d’âme. Il compose ce qu’il peut, il a ses paradoxes, ses déchirements. Cela ne concerne pas Clara, qui portera les psychoses de Schumann jusqu’au bout. Elle n’aurait pas composé les Dichterliebe. Il s’agit de deux manières d’envisager la vie. Le centre de l’art romantique, c’est la fissure, la faille.
Schubert utilise des procédés plus codifiés pour matérialiser la femme. Schumann, lui, a une psychologie très double. Dans Frauenliebe und Leben, on découvre la perspective d’un poète qui va écrire des textes de femmes, mais aussi un poème qui va passer par les mots que cette femme va dire. Il existe un vrai désir de joie dans cette année 1840, il écrit une musique radieuse, avec des moments d’épanouissement, d’aboutissement personnel. Les Dichterliebe offrent un prisme totalement différent : on a un accès dévié à cette femme, plus sinueux, plus tortueux, comme aux antipodes de Frauenliebe. Dès que les mots sont dits, c’est un problème. Le choix de terminer par le drame est très identitaire. Le postlude évoque le Lied qui cite cette phrase emblématique : « Depuis que je l’ai vue, je suis presque aveugle » : au delà de la mort, il veut revenir à cette présence. Dans son livre Robert Schumann : le musicien et la folie , Remy Stricker a établi un parallèle à la mère, au manque, au retour aux sources, une fois que tout a été massacré.
Heine et Goethe
Ce sont deux poètes qui ont marqué leur époque par leur pertinence, ce sont deux visions du monde. Goethe est issu des Lumières, dans la lignée du Sturm und Drang. C’est quelqu’un de positif, malgré le fait qu’il voie son succès commencer par un suicide, celui de Werther, la jeunesse allemande n’ayant apparemment pas de mal à s’identifier à ce personnage. L’écriture de ce roman a certainement fait l’objet d’une catharsis personnelle, il a ensuite énormément évolué en tant qu’homme. Il aimait l’incroyable sève que pouvait lui donner l’amour, comme une source jaillissante. On n’y voit pas de trace d’attachement à un type de souffrance destructrice, même si quelque part c’est clair pour lui qu’il y a une souffrance dans l’amour, mais il faut vivre cet amour très énergisant et puissant. C’était un homme politique influent à la fin de sa vie à Weimar, respecté, même si critiqué, il s’entretenait avec Schiller sur la philosophie, le devenir de la pensée. C’est un des hommes de son temps à avoir accumulé le plus de savoir. Il essaie, tout au long de sa vie, de faire la part des choses entre la mort, la souffrance, l’amour, la vie : on lui a reproché de ne pas avoir manifesté de souffrance, de tristesse à la mort de son fils. Il avait intégré que la mort faisait partie de la vie, et qu’il fallait savoir l’accepter. Il y a un très long chemin de vie entre l’écriture de Werther et cette réaction.
La clarté n’est pas le maître mot chez Heine, c’est un homme insaisissable, où la notion de séduction apparait dans ses centres d’intérêt et dans sa poésie. Heine écrit une langue incroyablement chantante, il se soucie de la musique des mots. Le vocabulaire est plus réduit, il joue sur des concepts, et le jeu entre les mots, comme chez Eichendorff. Schumann est très attiré par ce jeu avec la langue. C’est le rendez-vous d’un univers onirique, habité par la perte de la patrie, l’exil. « Muss ich weinen bitterlich » est emblématique de son écriture : des vers courts qui cimentent toute l’histoire. Le succès du Buch der Lieder vient notamment de son aspect très personnel, où beaucoup se reconnaissaient.
Une des grandes différences entre les deux hommes est que Heine a dû quitter son pays suite à l’antisémitisme, alors que Goethe a été fêté sur son sol jusqu’au dernier souffle. Sur sa tombe au cimetière Montmartre on peut lire : « Henri Heine – Madame Heine » C’est un poète francisé qui n’a pourtant jamais écrit de poème en français. Il a cependant rencontré à Paris un creuset intellectuel extrêmement vivace, dans une ville assez sûre en terme de sécurité, tandis que l’Allemagne n’est pas encore un pays unifié. Tous deux manifestaient un très grand rayonnement, Goethe comme révélateur des passions humaines, puis en tant que conscience, colonne vertébrale. Heine écrit du vitriol, des satyres atroces, ses critiques sont redoutées ; on sait sa pertinence, sa science, mais aussi sa paranoïa. Il crée une dépendance, et en même temps il est toxique. Il est d’ailleurs remarquable que l’année du mariage, Schumann ne se soit pas tourné vers Goethe, mais plutôt vers un poète de la fragilité humaine, de la faille évoquée plus haut.
Comment quelqu’un d’aujourd’hui pourrait se reconnaitre dans ces deux cycles ?
Il faudrait déjà considérer que la langue est comprise. Le ferment des Dichterliebe est la notion de constance dans un sentiment, qu’il soit positif ou négatif, notion qui est presque désespérante pour un public contemporain. Ces cycles permettent de capter que la vie est faite de petits instants, et qu’il existe une infinité de prismes de vision de chacun de ces instants. Il y a toujours un attrait pour le rêve et les choses sordides aujourd’hui, mais là le sordide est à l’intérieur, chacun est concerné. Cela demande peut être un certain courage pour ne pas passer à côté.
Chez Goethe le texte fait appel à des choses plus universelles, presque plus actuelles, en comparaison avec la peur de ce qu’on ne voit pas, de ce qu’on ne maîtrise pas. Le texte fait également appel au religieux, au sacré, au fait que les Dieux représentent la providence ou l’adversité, notion dont on ne peut pas vraiment se lasser. Ces deux cycles sont autant de manières différentes d’appréhender l’humain, et ces visions de l’humanité ont eu un énorme impact dans leurs époques respectives.

Paroles et leurs traductions françaises.

Dichterliebe, op. 48 (Heine)
Im wunderschönen Monat Mai,
als alle Knospen sprangen,
da ist in meinem Herzen
die Liebe aufgegangen.

Im wunderschönen Monat Mai,
als alle Vögel sangen,
da hab’ ich ihr gestanden
mein Sehnen und Verlangen.

Aus meinen Tränen sprießen
viel blühende Blumen hervor,
und meine Seufzer werden
ein Nachtigallenchor,

und wenn du mich lieb hast, Kindchen,
schenk’ ich dir die Blumen all’,
und vor deinem Fenster soll klingen
das Lied der Nachtigall.

Die Rose, die Lilie, die Taube, die Sonne,
die liebt’ ich einst alle in Liebeswonne.
Ich lieb’ sie nicht mehr, ich liebe alleine
die Kleine, die Feine, die Reine, die Eine;
sie selber, aller Liebe Bronne,
ist Rose und Lilie und Taube und Sonne.

Wenn ich in deine Augen seh’,
so schwindet all’ mein Leid und Weh!
Doch wenn ich küsse deinen Mund,
so werd’ ich ganz und gar gesund.

Wenn ich mich lehn’ an deine Brust,
kommt’s über mich wie Himmelslust,
doch wenn du sprichst: Ich liebe dich!
so muß ich weinen bitterlich.

Ich will meine Seele tauchen
in den Kelch der Lilie hinein;
die Lilie soll klingend hauchen
ein Lied von der Liebsten mein.

Das Lied soll schauern und beben,
wie der Kuß von ihrem Mund’,
den sie mir einst gegeben
in wunderbar süßer Stund’!

Im Rhein, im heiligen Strome,
da spiegelt sich in den Well’n
mit seinem großen Dome
das große, heilige Köln.

Im Dom da steht ein Bildniß
auf goldenem Leder gemalt.
In meines Lebens Wildniß
hat’s freundlich hineingestrahlt.

Es schweben Blumen und Eng’lein
um unsre liebe Frau;
die Augen, die Lippen, die Wänglein,
die gleichen der Liebsten genau.

Ich grolle nicht, und wenn das Herz auch bricht,
ewig verlor’nes Lieb! Ich grolle nicht.
Wie du auch strahlst in Diamantenpracht,
es fällt kein Strahl in deines Herzens Nacht,
das weiß ich längst.
Ich grolle nicht, und wenn das Herz auch bricht.
Ich sah dich ja im Traume,
und sah die Nacht in deines Herzens Raume,
und sah die Schlang’, die dir am Herzen frißt,
ich sah, mein Lieb, wie sehr du elend bist.
Ich grolle nicht.

Und wüßten’s die Blumen, die kleinen,
wie tief verwundet mein Herz,
sie würden mit mir weinen
zu heilen meinen Schmerz.

Und wüßten’s die Nachtigallen,
wie ich so traurig und krank,
sie ließen fröhlich erschallen
erquickenden Gesang.

Und wüßten sie mein Wehe,
die goldenen Sternelein,
sie kämen aus ihrer Höhe,
und sprächen Trost mir ein.

Die alle können’s nicht wissen,
nur Eine kennt meinen Schmerz;
sie hat ja selbst zerrissen,
zerrissen mir das Herz.

Das ist ein Flöten und Geigen,
Trompeten schmettern darein.
Da tanzt wohl den Hochzeitreigen
die Herzallerliebste mein.

Das ist ein Klingen und Dröhnen,
ein Pauken und ein Schalmei’n;
dazwischen schluchzen und stöhnen
die lieblichen Engelein.

Hör’ ich das Liedchen klingen,
das einst die Liebste sang,
so will mir die Brust zerspringen
von wildem Schmerzendrang.

Es treibt mich ein dunkles Sehnen
hinauf zur Waldeshöh’,
dort lös’t sich auf in Tränen
mein übergroßes Weh’.

Ein Jüngling liebt ein Mädchen,
die hat einen Andern erwählt;
der Andre liebt’ eine Andre,
und hat sich mit dieser vermählt.

Das Mädchen nimmt aus Ärger
den ersten besten Mann
der ihr in den Weg gelaufen;
der Jüngling ist übel dran.

Es ist eine alte Geschichte
doch bleibt sie immer neu;
und wem sie just passieret,
dem bricht das Herz entzwei.

Am leuchtenden Sommermorgen
geh’ ich im Garten herum.
Es flüstern und sprechen die Blumen,
ich aber wandle stumm.

Es flüstern und sprechen die Blumen,
und schau’n mitleidig mich an:
Sei uns’rer Schwester nicht böse,
du trauriger, blasser Mann.

Ich hab’ im Traum geweinet,
mir träumte du lägest im Grab.
Ich wachte auf, und die Träne
floß noch von der Wange herab.

Ich hab’ im Traum geweinet,
mir träumt’ du verließest mich.
Ich wachte auf, und ich weinte
noch lange bitterlich.

Ich hab’ im Traum geweinet,
mir träumte du wär’st mir noch gut.
Ich wachte auf, und noch immer
strömt meine Tränenflut.

Allnächtlich im Traume seh’ ich dich,
und sehe dich freundlich grüßen,
und lautaufweinend stürz’ ich mich
zu deinen süßen Füßen.

Du siehest mich an wehmütiglich,
und schüttelst das blonde Köpfchen;
aus deinen Augen schleichen sich
die Perlentränentröpfchen.

Du sagst mir heimlich ein leises Wort,
und gibst mir den Strauß von Zypressen.
Ich wache auf, und der Strauß ist fort,
und’s Wort hab’ ich vergessen.
Aus alten Märchen winkt es
hervor mit weißer Hand,
da singt es und da klingt es
von einem Zauberland’;

wo bunte Blumen blühen
im gold’nen Abendlicht,
und lieblich duftend glühen
mit bräutlichem Gesicht;

Und grüne Bäume singen
uralte Melodei’n,
die Lüfte heimlich klingen,
und Vögel schmettern drein;

Und Nebelbilder steigen
wohl aus der Erd’ hervor,
und tanzen luft’gen Reigen
im wunderlichen Chor;

Und blaue Funken brennen
an jedem Blatt und Reis,
und rote Lichter rennen
im irren, wirren Kreis;

Und laute Quellen brechen
aus wildem Marmorstein,
und seltsam in den Bächen
strahlt fort der Widerschein.

Ach! könnt’ ich dorthin kommen,
und dort mein Herz erfreu’n,
und aller Qual entnommen,
und frei und selig sein!

Ach! jenes Land der Wonne,
das seh’ ich oft im Traum,
doch kommt die Morgensonne,
zerfließt’s wie eitel Schaum.
Die alten, bösen Lieder,
die Träume bös’ und arg,
die laßt uns jetzt begraben,
holt einen großen Sarg.

Hinein leg’ ich gar manches,
doch sag’ ich noch nicht was.
Der Sarg muß sein noch größer
wie’s Heidelberger Faß.

Und holt eine Totenbahre,
von Bretter fest und dick;
auch muß sie sein noch länger
als wie zu Mainz die Brück’.

Und holt mir auch zwölf Riesen,
die müssen noch stärker sein
als wie der starke Christoph
im Dom zu Köln am Rhein.

Die sollen den Sarg forttragen,
und senken in’s Meer hinab;
denn solchem großen Sarge
gebührt ein großes Grab.

Wißt ihr warum der Sarg wohl
so groß und schwer mag sein?
Ich senkt’ auch meine Liebe
Und meinen Schmerz hinein.

Au merveilleux mois de mai
Tandis que tous les bourgeons éclataient,
C’est là qu’en mon coeur
L’amour s’est levé.

Au merveilleux mois de mai,
Tandis que tous les oiseaux chantaient,
C’est alors que je lui ai fait l’aveu
De mon désir et de mon souhait.

De mes larmes naissent bien des fleurs épanouies,
Et mes soupirs deviennent un choeur de rossignols.
Et si tu m’aimes bien, petite enfant,
Je t’offre toutes ces fleurs,
Et que résonne devant ta fenêtre
La chanson du rossignol.

La rose, le lys, la colombe , le soleil,
Je les aimais tous, jadis d’un amour délicieux.
Je ne les aime plus, et aime seulement
La petite, la fine, la pure, l’unique;
Elle-même, fontaine de tout amour,
Est rose et lys et colombe et soleil.

Quand je regarde dans tes yeux,
S’envolent toute ma souffrance et mes maux;
Mais quand je t’embrasse sur la bouche,
Je m’en trouve tout à fait guéri.

Quand je m’appuie contre ton sein,
M’envahit comme une volupté céleste,
Mais quand tu dis “je t’aime”,
Je ne puis que pleurer amèrement.

Je veux plonger mon âme dans le calice du lys,
Ce lys, dans un souffle fera entendre
Une chanson sur ma bien-aimée.

Cette chanson sera frissonnante et tremblante
Comme le baiser de sa bouche
Celui qu’elle ma donné un jour
En une heure merveilleusement douce.

Dans le Rhin, fleuve sacré,
se mire dans les vagues,
avec sa grande cathédrale
la grande et la sainte Cologne.

Dans la cathédrale il y a un portrait,
Peint sur du cuir doré;
Dans le désert sauvage de ma vie,
Amicalement, il a fait entrer ses rayons.

Il y flotte des fleurs et des angelots,
Autour de Notre-Dame;
Les yeux, les lèvres, les petites joues
Sont les mêmes que ceux de ma bien aimée.

Je ne t’en veux pas, même si mon coeur doit se briser,
Amour perdu à jamais !
Je ne t’en veux pas,
Même si tu rayonnes de l’éclat du diamant
Aucun de ses rayons ne tombe dans la nuit de ton coeur.
Voilà longtemps que je le sais.

Je t’ai vue en rêve,
Et j’ai vu la nuit qui règne dans ton coeur,
Et j’ai vu le serpent qui te ronge le coeur,
J’ai vu mon amour combien tu étais misérable.

Et si les fleurs, les petites, savaient,
Comme est profonde la blessure de mon coeur,
Elles pleureraient avec moi,
pour guérir ma douleur.

Et si les rossignols savaient,
Comme je suis triste et malade,
Ils feraient gaiement résonner
un chant réconfortant.

Et si elles savaient mon mal,
Les petites étoiles d’or,
Elles descendraient des cieux,
et me diraient des mots de consolation.

Mais eux tous, ils ne peuvent le savoir,
Une seule connaît ma douleur;
Car c’est elle qui l’a déchiré,
Qui m’a déchiré le coeur.

Ce sont des flûtes et des violons,
Les trompettes résonnent au milieu;
Vois ce que danse, pour ses noces,
Celle que mon coeur aime tant.

C’est un tintement et un grondement,
De timbales et de chalumeaux;
Au milieu sanglotent et gémissent
Les adorables angelots.

Si j’entends la petite chanson,
Que jadis ma bien-aimée chantait,
Alors ma poitrine voudrait éclater,
Oppressée par une sauvage douleur.

Alors m’entraîne un sombre désir
Là-haut, sur les hauteurs boisées;
Là-bas se dissout dans les larmes
Mon absolue tristesse.
Un jeune home aime une jeune fille,
Laquelle en a choisi un autre;
Cet autre en aime une autre,
Et avec elle s’est marié.

La fille épouse, par dépit,
le premier homme qui passe,
et vient croiser son chemin;
le jeune home s’en trouve fort mal.

C’est une histoire ancienne,
Mais elle est toujours nouvelle,
Et à celui à qui elle vient d’arriver,
Son coeur se brise en deux.

En un lumineux matin d’été
Je fais le tour du jardin.
Les fleurs murmurent et parlent,
Mais moi, je marche sans rien dire.

Les fleurs murmurent et parlent,
Et me regardent avec pitié
Contre notre soeur ne te fâche pas
Toi, homme triste et pâle.

J’ai pleuré en rêve,
Je rêvais que tu gisais dans la tombe.
Je me suis éveillé, et une larme
Coulait encore sur ma joue.

J’ai pleuré en rêve,
Je rêvais que tu m’avais quitté.
Je me suis éveillé, et j’ai pleuré
Longtemps encore, amèrement.

J’ai pleuré en rêve,
Je rêvais que tu avais encore quelque amour pour moi.
Je me suis éveillé, et maintenant encore
Se déverse le flot de mes larmes.

Chaque nuit, en rêve, je te vois,
Je te vois faire un aimable salut,
Et sanglotant tout haut,
Je me jette à tes petits pieds charmants.

Tu me regardes tristement
et secoues ta petite tête blonde;
de tes yeux, furtives, s’échappent
les petites perles de tes larmes.

Tu me dis , en secret, tout bas, un mot,
Et me donne ton bouquet, ton bouquet de Cyprès.
Je m’éveille, et le bouquet a disparu,
Quant au mot, je l’ai oublié.

De vieux contes de fées vient un signe,
Adressé par une main blanche.
Là-bas chante et là-bas résonne
Le son d’un pays enchanté.

Où des fleurs de toutes les couleurs fleurissent
Dans la lumière dorée du soir,
Et, répandant un charmant parfum,
Resplendissent avec des visages de fiancée;

Et les arbres verts chantent
des mélodies des temps anciens,
Les airs résonnent en secret
et les chants d’oiseaux s’élèvent;

Et des images de brumes montent comme surgies de la terre,
Et dansent d’aériennes rondes en un étrange choeur;
Et des étincelles bleues flamboient
À chaque feuille, et branche,
Et des rouges lumières courent
En cercles folâtres et confus;

Et des sources sonores jaillissent
Du marbre sauvage,
Et d’une étrange façon, dans les ruisseaux,
Rayonnent des reflets lumineux.

Ah ! Si je pouvais m’y rendre
Pour y réjouir mon coeur,
Et délivré de tous mes tourments,
Être libre et heureux !

Hélas ! Ce pays de délices,
Je le vois souvent en rêve,
Mais dès que vient le soleil du matin,
Il s’enfuit comme vaine écume.

Les vieilles, les vilaines chansons,
Les rêves mauvais et méchants,
Maintenant enterrons-les.

Allez chercher un grand cercueil.
Dedans je mettrais bien des choses,
Sans dire encore ce que c’est;
Le cercueil doit être encore plus gros
Que le grand tonneau de Heidelberg.

Et allez chercher une civière funèbre,
Faite de planches solides, épaisses.
Il faut aussi qu’elles soient encore plus longues,
Que tout le pont de Mayence.

Et allez me chercher encore douze géants,
Il faut qu’ils soient plus puissants encore,
Que le puissant Saint Christophe,
De la cathédrale de Cologne.

Ce sont eux qui porteront le cercueil,
Et le descendront dans la mer;
Car à si grand cercueil
Il faut une grande tombe.

Savez-vous pourquoi le cercueil
Peut bien être si grand et lourd ?
C’est que dedans j’y ai couché
Mon amour et ma douleur aussi.

Gesänge des Harfners D.478 à D.480

Gesänge des Harfners

Wer sich der Einsamkeit ergibt,ach ! Der ist bald allein ;
Ein jeder lebt, ein jeder liebt und lässt ihn seiner Pein.
Ja ! Lasst mich meiner Qual !
Und kann ich nur einmal recht einsam sein,
Dann bin ich nicht allein.

Es schleicht ein Liebender lauschend sacht, ob seine Freundin allein ?
So überschleicht bei Tag und Nacht mich Einsamen die Pein.
Ach werd ich erst einmal einsam im Grabe sein,
Da lässt sie mich allein !

Wer nie sein Brot mit tränen ass,
Wer nie die kummervollen Nächte
auf seinem Bette weinendsass,
Der kennt euch nicht, ihr himmlischen Mächte !

Ihr führt ins Leben uns hinein,
Ihr lasst den Armen schuldig werden,
Dann überlasst ihr ihn der Pein ;
Denn alle Schuld rächt sich auf erden.

An die Türen will ich schleichen,
still und sittsam will ich stehn ;
Fromme hand wird Nahrung reichen,
Und ich werde weiter gehn.

Jeder wird sich glücklich scheinen,
Wenn mein Bild vor ihm erscheint;
Eine Träne wird erweinen,
Und ich weiss nicht, was er weint.

Chant du harpiste

Qui s’adonne à la solitude, hélas ! se retrouve bien vite seul.
Chacun vit sa vie, chacun aime, et s’abandonne à sa peine.

Oui ! Laissez-moi à mon tourment !
Et si je puis pour une fois être vraiment solitaire,
Alors je ne serai pas seul.

Un amoureux se glisse sans bruit, tendant l’oreille pour savoir si son amie est seule ?
Ainsi jour et nuit tentent de s’insinuer en moi la peine du solitaire.

Ah quand enfin je serai un jour solitaire dans la tombe,
Là ils me laisseront seul !

Qui n’a jamais mangé son pain dans les larmes,
Qui n’a jamais passé des nuits d’inquiétude à pleurer sur son lit,
Ne Vous connaît pas,Puissances Célestes !

Vous nous faites entrer dans la vie, vous laissez le misérable se rendre coupable,
Puis vous l’abandonnez à sa peine,
Car toute faute se paie sur la terre.

Furtif j’irai de porte en porte,
Je me tiendrai tranquille et humble ;
Une main charitable me donnera à manger,
Et je poursuivrai mon chemin.

Chacun se jugera heureux,
A la seule vue de mon aspect ;
On versera une larme,
Et je ne saurai pourquoi.
Enregistrement réalisé à la Salle O. Messiaen, Grenoble (France) en janvier 2016.
Direction artistique et Ingénieur du son : Thibaut Maillard.
Crédits photos : D.R./ Goethe In Gun/2016
Cet album a été réalisé avec le partenariat de l’Association Jeunes Talents de Paris

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